On arrive à Siem Reap un 13 avril, valise bouclée pour visiter Angkor Wat dès le lendemain. Le tuk-tuk réservé la veille ne répond plus, le restaurant repéré sur Maps affiche portes closes, et la guesthouse prévient : « Demain, tout ferme pour trois jours. »
Le Nouvel An khmer, appelé Chaul Chnam Thmey, tombe chaque année du 14 au 16 avril. Visiter le Cambodge à cette période, c’est plonger dans la fête la plus importante du pays, mais aussi composer avec une logistique qui tourne au ralenti.
Transports au Cambodge pendant le Nouvel An khmer : ce qui ferme vraiment
Le problème principal n’est pas la foule touristique. C’est l’exode urbain des Cambodgiens eux-mêmes. Phnom Penh se vide littéralement : les habitants rejoignent leur province d’origine pour célébrer en famille. Résultat concret : les chauffeurs de tuk-tuk, les serveurs, les guides, une bonne partie du personnel hôtelier disparaissent pendant trois jours.
Les bus longue distance entre Phnom Penh et Siem Reap continuent de circuler, mais les fréquences baissent et les véhicules se remplissent de familles cambodgiennes avec bagages et provisions. Il faut réserver plusieurs jours à l’avance, parfois une semaine.
La situation aérienne ajoute une couche de complexité. La presse cambodgienne rapporte que certaines liaisons vers Phnom Penh et Siem Reap ont été suspendues temporairement ces dernières années, en lien avec la hausse du carburant aérien et des réorganisations de corridors. En pratique, on se retrouve avec moins de vols directs et des correspondances plus chères autour de mi-avril.

Angkor Wat et les temples de Siem Reap en avril : affluence et chaleur
Avril est le pic de la saison sèche au Cambodge. Les températures dépassent régulièrement les seuils de confort, et l’humidité reste forte. Visiter les temples d’Angkor dans ces conditions demande une organisation précise : départ avant l’aube, retour avant midi, sieste obligatoire l’après-midi.
Côté affluence, la réalité a changé. Le ministère du Tourisme cambodgien constate une baisse continue des arrivées internationales depuis la reprise post-COVID. Le discours habituel sur la cohue touristique à Angkor pendant les fêtes ne correspond plus à la tendance actuelle. On croise davantage de familles khmères venues prier dans les temples que de groupes organisés étrangers.
Les temples restent ouverts pendant Chaul Chnam Thmey. Les billets d’entrée se vendent normalement. En revanche, les petits restaurants autour du site archéologique fonctionnent en effectif réduit, et certains ferment. Prévoir de l’eau et des en-cas évite de se retrouver coincé sans ravitaillement sous une chaleur accablante.
Fêtes du Nouvel An khmer : ce qu’on vit concrètement sur place
L’expérience vaut le détour si on accepte de lâcher l’itinéraire prévu. Les trois jours de célébration suivent un schéma précis, ancré dans les traditions bouddhistes et brahmanes.
- Le premier jour (Moha Songkran) donne le ton : les familles nettoient leur maison, préparent des offrandes et se rendent à la pagode. On peut entrer dans la plupart des pagodes en tant que visiteur, à condition de retirer ses chaussures et de porter une tenue couvrant les épaules et les genoux.
- Le deuxième jour est consacré aux actes de charité et aux bénédictions. Les Cambodgiens construisent des monticules de sable dans les enceintes des pagodes, chacun représentant un voeu. C’est visuellement frappant et facile à observer.
- Le troisième jour marque le passage à la nouvelle année. Les statues de Bouddha sont lavées rituellement, les anciens reçoivent le respect des plus jeunes. Les batailles d’eau spontanées transforment les rues en terrain de jeu, un peu comme Songkran en Thaïlande, mais avec moins de touristes et plus de voisins.
À Battambang, les festivités ont un caractère plus rural et moins spectaculaire qu’à Phnom Penh, mais on y accède plus facilement aux célébrations locales. Les jeux traditionnels khmers (lancer de noix de coco, tir à la corde, danse collective) se déroulent en plein air, ouverts à tous.

Conseils terrain pour visiter le Cambodge à mi-avril
La question n’est pas de savoir s’il faut éviter le Nouvel An khmer, mais de savoir ce qu’on accepte de sacrifier côté confort logistique pour vivre une fête authentique. Voici les points concrets à anticiper.
- Réserver l’hébergement au moins deux semaines avant, surtout à Siem Reap et sur les iles comme Koh Rong. Les établissements tenus par des expatriés restent ouverts, mais les guesthouses familiales ferment souvent.
- Retirer du cash avant le 13 avril. Les distributeurs fonctionnent, mais certaines banques ferment leurs agences. Le pays fonctionne encore largement en espèces en dehors des hôtels haut de gamme.
- Ne pas planifier de trajet longue distance le 14 ou le 16 : ce sont les jours de départ et de retour des familles. Les routes nationales entre Phnom Penh et les provinces sont saturées, et le nombre d’accidents augmente significativement.
- Prévoir une marge dans l’itinéraire. Si le voyage au Cambodge inclut un passage vers la Thaïlande ou le Vietnam, vérifier l’état des postes-frontières terrestres : des perturbations ont été signalées sur certains corridors ces dernières années.
Faut-il décaler son voyage de quelques jours ?
Arriver le 12 avril permet de voir les préparatifs (marché de fleurs, nettoyage collectif des pagodes) et de s’imprégner de l’ambiance montante. Rester jusqu’au 17 ou 18 laisse le temps de reprendre les visites classiques une fois la ville revenue à son rythme normal. Un séjour qui chevauche la fête sans se limiter à elle offre le meilleur compromis.
Les retours varient sur ce point : certains voyageurs adorent le calme inhabituel de Phnom Penh vidée de ses habitants, d’autres trouvent frustrant de ne rien pouvoir faire pendant trois jours. Tout dépend de ce qu’on vient chercher au Cambodge.
Si l’objectif est uniquement de cocher les temples d’Angkor dans un planning serré, mi-avril n’est pas le meilleur créneau. Si on veut voir le pays dans un moment de fête collective où l’histoire khmère et les croyances bouddhistes prennent corps dans chaque rue, c’est précisément le bon moment.

